Mercredi 7 octobre 2026, vers 18 h 55, une brève tornade a touché le sol dans la plaine de la Crau, entre Saint-Martin-de-Crau et Arles (Bouches-du-Rhône). Deux photographes l’ont saisie. Nos outils radar, eux, n’ont rien vu. Ce n’est pas un réglage manqué : un tourbillon aussi petit et aussi bref passe entre les mailles du radar public. Voici ce que nous avons cherché, ce que nous avons trouvé, et pourquoi.
Ce qui s’est passé
En fin d’après-midi, une averse orageuse s’est mise à tourner sur elle-même au-dessus de la steppe de la Crau. Sous sa base, un tube de condensation est descendu jusqu’au sol :
- contact au sol pendant une quinzaine de secondes, cône visible environ une minute ;
- sur la commune d’Arles, à quelques kilomètres de la route qui relie Saint-Martin-de-Crau à Fos-sur-Mer ;
- photographié vers 18 h 55 par deux témoins, l’un sur Instagram, l’autre sur Infoclimat (« une brève tornade a touché le sol pendant une quinzaine de secondes au sein d’une averse rotative ») ;
- aucun dégât signalé : la steppe est presque sans bâti à cet endroit.
C’était la deuxième tornade de la journée dans le delta du Rhône, après celle du Grau-du-Roi au petit matin.
Ce que nos outils ont regardé
Nous avons repris toutes les données du radar de Nîmes, le plus proche (30 à 35 km), entre 18 h 20 et 19 h 30, avec trois méthodes de plus en plus fines :
- La détection Doppler en direct (rotations et rafales descendantes) : rien sur la Crau entre 18 h 30 et 21 h 30. Le radar fonctionnait normalement : il a produit des détections ailleurs à 18 h 14 et 19 h 04.
- Le détecteur de tourbillons (signature de vortex tornadique), rejoué sur toute la fenêtre : aucun candidat sur la Crau.
- Une recherche sans aucun seuil, dans un rayon de 12 km autour du lieu, sur les trois élévations les plus basses du radar : nous avons relevé, image par image, le plus fort écart de vitesse entre deux points voisins.
Résultat de cette dernière recherche : un « bruit de fond » de 13 à 19 m/s sur toutes les images, y compris après le passage de l’orage. La valeur la plus haute près du lieu, 24 m/s à 18 h 45 à environ 4 km, ne se distingue pas de ce bruit : des valeurs identiques existent à 9 à 12 km de là, elle n’apparaît que sur une seule élévation, et elle a disparu à l’image suivante. Une vraie tornade suivie par le radar laisse une trace au même endroit sur plusieurs élévations et plusieurs images.
Pourquoi le radar ne pouvait pas la voir
Le radar Doppler mesure la vitesse à laquelle les gouttes s’approchent ou s’éloignent de lui. Un tourbillon se repère quand, sur deux cases voisines, l’air fonce vers le radar d’un côté et s’en éloigne de l’autre. Encore faut-il que le tourbillon remplisse ces cases, et qu’il soit là au moment où le radar passe.
| Tornade de la Crau | Ce que voit le radar public | |
|---|---|---|
| Largeur | quelques dizaines de mètres | cases de 1 km de long sur environ 600 m de large à cette distance |
| Durée | environ 15 s au sol | une image toutes les 5 minutes |
| Hauteur | née près du sol, sous l’averse | faisceau le plus bas à 300 à 900 m d’altitude |
Le tourbillon était 10 à 20 fois plus étroit que la case radar et environ 20 fois plus bref que l’intervalle entre deux images. Dans une case de 600 m, sa rotation se noie dans la moyenne. Ce type de tornade, née d’une averse qui tourne près du sol plutôt que d’un gros orage tournant (une supercellule), est trop petit pour les données radar publiques, quel que soit le réglage.
Pourquoi ne pas simplement baisser les seuils ? Parce que le bruit atteint déjà 17 à 19 m/s partout. Descendre à 20 m/s ferait sonner l’alerte sur presque chaque averse, sans attraper davantage la tornade de la Crau.
Le même jour, au Grau-du-Roi, le radar avait vu
Le contraste avec la tornade du matin est instructif. Au Grau-du-Roi, la tornade est née d’une supercellule : un orage entier en rotation, large de plusieurs kilomètres et organisé pendant une vingtaine de minutes. Notre détecteur de tourbillons, mis en service le lendemain et rejoué sur ce matin-là, la repère dès 5 h 40 et la classe « forte » à 5 h 50, avec un écart de plus de 30 m/s sur trois élévations : quelques minutes avant l’impact, au bon endroit.
Deux familles de tornades se dessinent donc :
- les tornades de supercellule, les plus dangereuses, que le radar peut suivre : c’est là que nos détections ont du sens ;
- les tornades brèves nées d’averses, souvent faibles, qui échappent au radar public : pour elles, la seule voie réaliste est d’indiquer quand l’air est favorable (vent qui tourne près du sol, instabilité), pas de les détecter une par une.
Ce que nous en faisons
Nous commençons un registre des tornades observées, qu’elles aient été détectées ou manquées, pour mesurer honnêtement ce que nos outils savent faire. La Crau y figure comme « manquée, trop petite pour le radar ». Sans ces cas manqués, un taux de détection ne voudrait rien dire.
Vous avez vu cette tornade, ou une autre ? L’heure exacte, l’endroit d’où vous l’avez vue et la direction dans laquelle vous regardiez nous aident à situer le point de contact, et donc à vérifier ce que le radar montrait à ce moment-là.
Nos détections suivent les orages en temps réel. Elles ne remplacent pas la vigilance de Météo-France, à consulter en priorité.
Sources
- Infoclimat PhotoLive : « Tornade sur la plaine de la Crau », 7 octobre 2026, 18 h 55
- Photo et récit de c.c.chrispic (Instagram), 7 octobre 2026.
- Données radar : radar Doppler de Nîmes (Météo-France, données publiques), images de 18 h 20 à 19 h 30.
- Analyse : archive des détections Doppler et détecteur de tourbillons d’Hexagone Météo.
Heures locales (heure d’été).
Classé dans : Bouches-du-Rhône (13)
Laisser un commentaire